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La pension des jeunes vieux

C’est souvent inquiétant lorsqu’un chef d’État profite d’un voyage à l’étranger pour faire des déclarations qui ont
une portée uniquement propre à son pays. C’est le cas d’une réforme probable du système de pension du Canada
annoncée par le premier ministre Harper lors de son séjour à Davos en Suisse.

Présentement le programme de la sécurité de la vieillesse est disponible à partir de l’âge de 65 ans. Le supplément de revenu garanti est versé à près d’un tiers des gens de 65 ans et plus. Le plan de pension du
Canada et du Québec permet de toucher une pension réduite à partir de 60 ans. Le premier ministre se fait rassurant en disant que le plan de pension du Canada n’est pas en danger. La cible est davantage le programme de la sécurité de la vieillesse.

Si le Canada envisage une réforme probable de l’âge de la retraite,
d’autres pays ont procédé à des réformes à ce sujet et d’autres pays y songent. Parmi les pays du G8, les États-Unis, le Royaume Uni, l’Italie, l’Allemagne et la France ont haussé l’âge de la retraite. Le Japon et la Russie y songent.

Vous vous souviendrez que dans une de mes chroniques l’automne dernier je citais les propos d’un éminent
démographe canadien qui affirmait que les enfants qui naissent présentement vivront en moyenne 100 ans. De là, les inquiétudes sur les finances publiques  pour les économistes qui font des projections pour les années à venir.

La réalité de la fiscalité pour les
personnes âgées au Canada est-elle différente de celle de d’autres pays ?  Oui et non.

Le Canada n’est pas différent des
autres pays en ce qui a trait à la
longévité. Nous vivons tous en moyenne plus longtemps. Pour les hommes qui vivaient jusqu’à 65 ans en 2007, ceux-ci ont une espérance de vie en moyenne de 18 années
additionnelles, ce qui est 5 ans de plus que la moyenne en 1967. Il en est de même pour les femmes qui en moyenne vivent également 5 ans de plus qu’en 1967. Le fait que l’on vive plus longtemps et la probabilité qu’on soit malade plus longtemps ajoutent des coûts au système financier canadien en place.

Par contre le Canada est différent car notre système de pension publique canadien, contrairement à celui de plusieurs autres pays est moins
menacé. Le plan de pension du
Canada est mieux balancé. La sécurité de la vieillesse présentement
absorbe seulement 2.4 % du produit national brut. Très peu de pays du G8 ont un pourcentage aussi bas
que celui du Canada. Si on prend l’exemple extrême, l’Italie dépense plus de 14  %  de son PNB en coûts pour son système de pension
publique, alors qu’il n’était que de 10  10  %  il y a quelques années.

Quelle sera la croissance des
dépenses du Canada alors que les baby-boomers vieillissent ?  Au
sommet de la courbe alors que le plus grand nombre de baby-boomers prendra  leur retraite,  la portion du PNB canadien dévolue à ce coût augmentera à 3.14  %  ce qui est une augmentation de 0.73  %  du
niveau actuel. Une augmentation de 0.73  %  ne peut être ignorée mais elle n’est pas désastreuse.

Par contre, les canadiens étant
malades en moyenne pendant plus d’années parce qu’ils vivent plus vieux, causent une augmentation
importante des coûts du système de santé. Les dépenses en santé augmenteront de 12  %  du PNB qu’elles sont présentement à 18.7  %  du PNB  en 2031 selon les dirigeants de la banque du Canada, soit une augmentation de 6.7  %  .  Dans la répartition des budgets en 2031 les coûts en santé seront là où le bas blessera et non les coûts associés à la sécurité de la vieillesse.

Pour plusieurs canadiens, l’approche de la retraite signifie pour certains la difficulté à se trouver ou à maintenir leur emploi à cause de la
maladie, des développements technologiques et autres raisons. Les
économistes s’entendent pour dire que ¾ des gens qui ne travaillent plus,  juste avant d’atteindre 65 ans, ont d’autres sources de revenus ce qui les maintient au-dessus du seuil de pauvreté. L’autre côté de la
médaille révèle donc que  ¼  n’ont pas d’autres sources de revenus.
Si l’âge de la retraite augmente,
ce qui est probable, ce ¼ des canadiens en souffriront dans l’attente de leur premier chèque de la pension du Canada.

A propos de l'auteur

Andre Legault

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